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Famille des Elapidae
Genre Naja

Cobra d'Égypte ou d'Afrique du Nord
(Naja haje legionis)


Naja haje legionis juvénile
Naja haje legionis subadulte
Jeune individu au corps encore clair.
Environs de Fort Bou-Jérif. Août 2001. ©M. Aymerich
Environs de Fort Bou-Jérif. juillet  2006. ©M. Aymerich
Naja haje legionis
Naja haje legionis
Environs de Fort Bou-Jérif. juillet  2006. ©M. Aymerich Environs de Fort Bou-Jérif. juillet  2006. ©M. Aymerich
Naja haje legionis
Naja haje legionis
Cobra se soumettant aux caresses d'un Aïssaoui au niveau de la nuque, ce qui provoque un état de catalepsie.
Environs de Fort Bou-Jérif. juillet  2006. ©M. Aymerich
Tête de profil. Environs de Fort Bou-Jérif. juillet  2006. ©M. Aymerich

Noms usuels :  Français : Cobra d'Égypte; Cobra d'Afrique du Nord - Anglais : Egyptian cobra - Allemand : Uräusschlange - Arabe : Bou-Ftira; Bou Sekka. Tamachek : Seffeltes

 Description : Il est le serpent par lequel Cléopâtre se serait suicidée. Considéré par certains auteurs comme le plus grand serpent d’Afrique du Nord, une taille record de 2,55m a été rapportée (LE BERRE, 1989). Au Maroc, sa taille dépasserait rarement 1,60m (BONS et GENIEZ,  1996), toutefois j'ai mesuré et photographié en juillet 2009, en présence de l'équipe de cinéma réalisatrice de l'émission Amoudou, un exemplaire de 2.08m (voir photos). Selon les dires d'un Aïssaoui et du personnel du camping de Fort Bou-Jérif (Ouest de Guelmin) un autre exemplaire de 2.20m environ aurait été mesuré en 2007. Sans remettre en cause l'affirmation selon laquelle un très grand exemplaire aurait réellement été mesuré, l'absence de preuves formelles concernant la taille de 2.20m fait qu'à ma connaissance et ce jusqu'à preuve du contraire l'exemplaire le plus grand jamais mesuré au Maroc, dont la taille est certaine, est celui de 2.08m (voir photos ci-dessous). Son venin est potentiellement létal, mais à l’exemple des autres serpents venimeux, il n’injecte pas toujours à l’occasion d’une morsure une quantité mortelle de venin. Ainsi un Aïssaoui dont le métier était de capturer les cobras afin de les vendre aux montreurs de serpents de la place Jemaa-el-Fna à Marrakech nous racontait-il qu’après avoir été mordu il alla se coucher, dormit et se réveilla comme si rien ne s’était passé (comm. pers.). Son envenimation avait été légère, tout au plus un léger engourdissement de la zone mordue.
    L’absence d’agressivité commune aux serpents peut être illustrée par le témoignage suivant. Le même Aïssaoui venait une heure auparavant de capturer un magnifique exemplaire d’une taille d’1,50 m ou plus, et nous le montra sur le chemin du retour. Le serpent, sorti du sac où il avait été enfermé, se mit immédiatement en position de défense, il écarta largement ses côtes cervicales, déploya typiquement sa coiffe imposante afin d’intimider son ravisseur et l'auteur de ces lignes qui s’approchait muni de son objectif 55 mm de macrophotographie. Photographié parfois de très près, à environ 90cm, le serpent ne manifesta pas une quelconque intention de se rapprocher. 
    J'ai eu l'occasion de vérifier de nombreuses fois cette expérience. J'ai capturé et/ou manipulé divers cobras. Tous tentaient d'abord de prendre la fuite, puis bloqués dans leur tentative faisaient face coiffe déployée signifiant: "passez votre chemin, laissez moi tranquille!" S'il peut arriver qu'un cobra agressé s'approche quelque peu, la bouche ouverte et sur une petite distance, c'est toujours une forme d'intimidation destinée à faire reculer et signifier: "n'approche pas plus avant, je suis un cobra, regarde ma coiffe, je peux mordre!"
    Ces diverses expériences démontrent que les cobras n’attaquent pas et cherchent seulement à faire fuir l’ennemi réel ou supposé par ce moyen d' intimidation qui les caractérisent. Un comportement qui se révèle souvent fatal, car alors ils succombent aux jets de pierre ou finissent sous des coups de bâton impitoyables...

 

Avec cobra
A cette hauteur et à cette distance, le cobra peut difficilement parvenir
à atteindre un homme. Par ailleurs, le cobra fuit dès qu'il en a l'occasion.
Photo réalisée par Mohamed Chaker, 2006. ©M. Aymerich
M.A. face à un grand cobra mâle
Michel Aymerich démontrant que même à une petite distance, un cobra ne peut ni même ne tente de le mordre...
Photo réalisée par le capitaine Mohamed Chaker, 2006. ©M. Aymerich

Photographie d'un cobra en liberté
Photographie d'un cobra en liberté

Manipulation prudente d'un cobra sauvage
Manipulation prudente d'un cobra sauvage

Cobra remis en liberté
Série de photos montrant un cobra sauvage photographié, manipulé et remis en liberté
par Michel Aymerich. Remarquez que le Cobra fuit dès qu'on lui en laisse l'occasion...  

Photos ©G.Vigo


Cobra d'une taille exceptionnelle!Cobra de 2,8m
Manipulation d'un cobra de 2, 08m ! ©Sara Kissane/Michel Aymerich

Cobra de 2,8m
Cobra de 2,08m avant sa remise en liberté par Michel Aymerich
@ Clothilde Rojat/Michel Aymerich

  Biologie : De préférence actif au crépuscule, voire nocturne durant la saison chaude, il devient diurne le reste de l’année, se nourrissant de rongeurs, d’oiseaux, d’amphibiens et de reptiles, dont d’autres serpents.
Ovipares, les femelles pondent 8 à 20 oeufs dans un trou, dans une souche ou sous d'autres abris. Après 48 à 52 jours d'incubation à une température de 28-30° C les oeufs éclosent. Les serpenteaux mesurent alors 250-300 mm. Contrairement au Cobra à cou noir, Naja nigricolis, lequel est absent du Maroc, Naja haje ne crache pas son venin et se contente de déployer sa coiffe afin d'intimider son adversaire.


Eclosion d'oeufs de Naja Haje en Tunisie
Eclosion d'oeufs de Naja haje haje en Tunisie ©D. Oudjani

  Répartition : Seul représentant maghrébin de la Famille des Elapidae, le Cobra d’Afrique du Nord, ou Cobra d’Egypte, Naja haje, se retrouve jusque dans l’extrême Sud du Mozambique. Il est représenté au Sahara marocain par la sous-espèce Naja haje legionis. Sa présence semble de plus en plus aléatoire dans le triangle Agadir-Ouarzazate-Laâyoune où il était prééminent jusqu’au siècle passé, avec des extensions vers l’est jusqu’à Figuig, vers le nord-ouest aux environs d’Essaouira, vers le sud-ouest jusqu’à l’oued Assag et vers le sud-est jusque dans le Zemmour à Aïn-Timellousa, non loin de la frontière avec la Mauritanie.

Carte de répartition de Naja haje en Afrique
La répartition de la sous-espèce marocaine, Naja haje legionis est très limitée
et se réduit dramatiquement...

  Conservation :
Au Maroc et ailleurs, le Cobra d’Afrique du Nord est une espèce de plus en plus menacée. Philippe GENIEZ et al. (2004) proposent de ranger la sous-espèce Naja haje legionis dans la catégorie des espèces vulnérables (VU). Il a d'ors et déjà disparu de la plaine du Souss où il était auparavant relativement abondant et ses populations ont déjà largement régréssé dans les régions où il était abondant comme aux abords de l’oued Assaka à l’Ouest de Fort Bou-Jérif. Dorénavant les trafiquants s'échinent à dénicher les populations survivantes dans les environs de l’Oued Drâa, au nord de Tan-Tan. Et ce dans l'indifférence manifeste des autorités.
    Ce serpent, l’un des joyaux du biopatrimoine marocain et précieuse relique tropicale, demande des mesures draconiennes de conservation. Sans doute faudrait-il, d’une part,  interdire leur prélèvement dans le milieu naturel à quelque fin que ce soit, d’autre part entreprendre des élevages soucieux des besoins de l'espèce permettant d’alimenter en venin les instituts de fabrication de sérums. Peut-être aussi afin d’approvisionner les véritables aïssaoua, ceux qui savent encore manipuler des cobras sans leur arracher les crochets, pratique qui les condamne à des chancres buccaux, à des infections diverses et à une mort prématurée. Il faut savoir, en effet, que les cobras, vipères heurtantes, couleuvres de Montpellier et autres serpents de la place Jemaa-el-Fna à Marrakech meurent tous sans exception après avoir été impitoyablement exploités pendant environ deux mois1] pour le plaisir douteux des touristes et l'enrichissement des montreurs de serpents qui sont très loins d'être des misérables. Il serait, par ailleurs, très souhaitable d'interdire l' éradication systématique des cobras (et des autres serpents) par les bergers et autres marcheurs habiles à manier le jet de pierres et le bâton, une interdiction accompagnée de campagnes d’information sur leur utilité, mais aussi sur leur comportement et l’attitude à adopter en cas de rencontre avec un cobra. Pour ce qui concerne leur utilité
2] dans la régulation des rongeurs, les exemples ne manquent pas. Ainsi, une véritable explosion des effectifs de Psammomys obèses, ou "Rats des sables", a pu être observée là où les cobras, ainsi que les Vipères heurtantes, Bitis arietans, étaient auparavant relativement nombreux.
    L'antique sagesse enseignait que si on tue les serpents on aura des rats. Voilà pourquoi dans l’Egypte ancienne, entre autres, on les utilisait comme gardiens du foyer (et du stock de blé). Dans la catégorie des serpents bienfaisants, les Egyptiens avaient adopté certaines espèces jugées inoffensives en tant qu'animaux domestiques afin de veiller sur leur maison et les débarrasser des rongeurs qui causaient à cette époque de véritables ravages dans les greniers à grains, et transmettaient des maladies contagieuses. Les Egyptiens avaient une telle maîtrise des ophidiens dangereux, comme les vipères et les cobras, qu'ils les élevaient avec précautions pour les lâcher la nuit dans le territoire ennemi  ou pour les introduire au cœur des pyramides
3] afin de protéger les trésors des rois défunts contre ce qu'ils considéraient comme le plus grand crime : la profanation et le pillage des tombes royales. Aujourd'hui, ne sont-ils pas devenus les gardiens d'un autre "temple"? Le plus beau, celui de la biodiversité, sans lequel notre monde sombrera dans un univers vide de vie aussi désenchanté que dépourvu de sens? Par quelle monstrueuse naïveté peut-on croire que nous pourrions survivre sans la nature sauvage, uniquement dans un tête à tête des "cultures" des terminators4]?

1]
  Voir encadré ci-dessous.
2] Une autre utilité des serpents est d'être eux même régulés par leurs prédateurs, dont ils constituent une part importante de leur alimentation. Ainsi, tuer les serpents revient à priver de nourriture différents rapaces, au premier rang desquels  le Circaète Jean-le-Blanc.
3] Précisons toutefois que les cobras et vipères ne courraient  pas derrière les ennemis des Egyptiens à la manière de chiens dressés, mais effrayaient leurs ennemis par leur seule présence!
4] Par "terminators", j'entends la majorité des représentants des cultures anthropocentriques, cultures monothéistes et assimilées, cultures prosélytes, expansionnistes et dominatrices, lesquelles ont entrepris depuis déjà plus de 2000 ans de soumettre la vie et les peuples militairement plus faibles à leur arbitrage avec les conséquences dont on mesure chaque jour la nuisance croissante. Les  peuples de chasseurs-cueilleurs et/ou animistes en sont les victimes les plus dramatiques, car une fois détruits, c'est irrémédiable. Rien ne pourra plus jamais les régénérer. C'est ce qui s'est passé - et continue dans la mesure où ils existent encore -  avec les Noubas de Kau au Soudan, photographiés il y a 30 ans par Léni Riefenstahl, lesquels ont subi et subissent au nom de la religion et de la "civilisation" un génocide culturel quand ce n'est physique...



Par Michel AYMERICH

Halte au trafic illégal d'espèces protégées au Maroc!

Souk de Marrakech, avril 2013 ©Michel Aymerich
Souk de Marrakech, avril 2013 ©Michel Aymerich
Voir la  vidéo
et signer la pétition:

Halte au trafic illégal d’espèces protégées !
Signez la petition suivante
pour la fin de ce trafic :


Proposition d'alternative aux actuels spectacles moyenâgeux présentant à Marrakech des serpents, des singes magots et d'autres animaux...
Spectacles de Marrakech : l'enfer du décor !
L'APPEL DE MARRAKECH
(adopté à l'issue du Premier Congrès Méditteranéen d'Herpétologie)

Pour plus d'informations sur les abominations

de la place Jemaa-El-Fnaa et du souk de Marrakech, voir:

http://geres-asso.org/forum_tribune.html

http://geres-asso.org/dossiers.html

Récit d'une capture d'un cobra du Maroc et sa remise en liberté!
Article, suivi d'un diaporama et complété d'une vidéo sur divers serpents, dont deux cobras (Naja atra et Ophiophagus hannah) présents en Chine...
CLIQUEZ ICI!

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