En pleine région saharienne, parfois
sous un soleil pesant, à seulement 50 kilomètres à vol
d’oiseau de Tindouf, Aouinet-Torkoz est une commune peu
connue des marocains mais qui a une longue histoire et une
renommée importante auprès des naturalistes et scientifiques
français et étrangers.
Aouinet-Torkoz a accueillie la
première station de recherches présahariennes à l’époque du
protectorat français au Maroc fondée par Jean Bertrand
Panouse. Les spécificités climatiques de la région, la faune
et la flore riche et exotique, une géologie propice aux
études sismiques ont en fait une base de recherche estimée
par beaucoup de scientifiques.
Laissée à l’abandon ces
dernières décennies, sa grandeur passée vient de refaire
surface grâce au concours de naturalistes et chercheurs
français et marocains.
Le 23 Mai 2004, les nouveaux locaux de
la station de recherche d’Aouinet-Torkoz étaient inaugurés
officiellement par ce groupe de naturalistes, de
scientifiques, les autorités locales, le gouverneur de la
région … La première chaîne de la télévision marocaine
couvrait l’événement.
La population locale a également
été de la fête avec un accueil chaleureux des habitants dans
la grande salle El Gor. Détail intéressant, cette salle El
Gor a été construite par les membres de la Tribu de Torkoz
vivant à l’étranger.
Un autre projet verra le jour,
lequel profitera directement aux écoliers de la région : une
bibliothèque du village. Elle est née de la soif de lecture
dont ont témoigné les enfants de cette région. Les
naturalistes français ont ainsi été agréablement surpris de
l’engouement de ces jeunes pour les livres scientifiques
relatifs à leur région et aux espèces animales qu’ils
côtoient.
Pour revenir à la station de recherche, son
domaine de compétences s’étendra aux études liées à
l’observation de la désertification, à la sismologie, la
géologie, la botanique, la zoologie, dont l’entomologie,
l’arachnologie (ndlr : l’étude des scorpions notamment),
l’ornithologie, l’herpétologie (étude des amphibiens et
reptiles), la mammalogie…
La faune de la région recèle en
effet les derniers représentants d’espèces animales
d’origine sahélienne :
- Gazelles de Cuvier
-
Gazelles Dorcas
- Mouflons à manchettes
- Lynx
Caracal
- Hyènes rayées …
Une espèce de vipère très rare au Maroc
existe aussi dans la région sous forme d’une petite
population, il s’agit de l’Echide à ventre blanc (Echis
leucogaster) appelée parfois « vipère des pyramides ». Ce
serpent est une véritable relique tropicale. En général les
différentes espèces de serpents quant à elles ont subit une
importante éradication ces dernières années occasionnant des
déséquilibres visibles dans l’ordre naturel, tels que la
pullulation spectaculaire des Psammomys obèses ou « rats des
sables » de Guelmin à Tantan. La phobie répandue envers ces
reptiles et les mythes colportés autour de cet animal
menacent aujourd’hui la survie d’espèces totalement
inoffensives comme le serpent mangeur d’œuf (Dasypeltis
scabra), une autre relique tropicale rarissime au
Maroc.
En cause est également l’habitude des Aïssaoua qui
forts de leur don dans le pistage et la capture des serpents
viennent capturer des espèces aujourd’hui en voie
d’extinction pour les revendre à Marrakech par exemple. Ils
mettent ainsi la main sur les derniers spécimens de vipères
heurtantes (Bitis arietans) et de cobras (Naja haje
legionis) du Maroc…
Enfin il est à noter que cette
collaboration scientifique franco-marocaine ne s’arrêtera
pas à l’inauguration de la station de recherche. Elle
continuera sous forme d’une association qui sera créée en
France très bientôt.
Mohamed Ezzouak – Yabiladi.com